Il faut parler d’écologie, des réserves de pétrole, de l’augmentation du prix du pétrole, et de stratégie américaine. Parce que les gens semblent ne pas se rendre compte : je lis des gens se féliciter (en faisant contre mauvaise fortune bon cœur) de la raréfaction du pétrole et de son prix.

L’idée compréhensible et de sens commun, c’est que plus c’est cher, ou moins ça existe, plus vite ça forcera à sortir du pétrole. Vous savez comment je suis avec le sens commun : je le regarde avec morgue.

Les réserves annoncées de pétrole sont les réserves prouvées sous forme de nappes extractibles. En conséquence, le pétrole disponible sous forme de gaz de schiste n’est pas comptabilisé. Voir les chiffres diminuer et espérer la fin du pétrole est une illusion : il est virtuellement possible qu’à l’échelle humaine on n’épuisera pas le pétrole. C’est une idée choquante et à l’encontre des messages alarmistes (pour les pro-pétrole) ou rassurants (pour les anti) qu’on entend partout. Deal with it.

Reste alors le coût du pétrole. Si le prix à la pompe est une chose et pourrait incliner les individus à s’en détacher autant que faire se peut, à l’échelle internationale, c’est une autre histoire. Car plus le pétrole est rare, plus il est cher, et plus les réserves de pétrole… augmentent.

Le pétrole, il est plus ou moins dense en fonction de la zone d’où il est extrait. Plus il est dense, plus il est visqueux et difficile à extraire. D’un côté, le pétrole qui jaillit tout seul en puits… de l’autre celui dans lequel on doit injecter des solvants et de la vapeur pour ça. Si extraire un pétrole visqueux est plus coûteux que ce qu’il rapporterait à la vente au prix du marché, ça ne vaut pas le coup : on ne construit pas de complexe pour l’extraire, ou celui-ci est mis en veille. Si à l’opposé le prix a tellement augmenté qu’il devient économiquement intéressant de l’exploiter, on va rallumer les pompes ou les construire.

Et là aussi il y a une échelle. On rallume les pompes du moins visqueux au plus visqueux. Les nappes avant la fracture hydraulique. La réouverture avant la construction. La construction pour la fracture avant celle pour le pompage. Etc. Du coup, l’augmentation des prix du pétrole, non content de ne pas faire baisser drastiquement la consommation, autorise la réouverture de lieux de production, augmentant la quantité disponible, au prix de pollution d’extraction supplémentaire ! (Les solvants pour extraction, par exemple.)

Et là on peut s’intéresser à la stratégie américaine. Les raffineries aussi doivent être adaptées au type de pétrole utilisé. Les Américains sont devenus les premiers producteurs grâce à la fracturation permise par les prix actuels. Ils ont mis la main basse sur le Venezuela, dont le pétrole est l’un des plus visqueux au monde… mais toute leur industrie de raffinement est basée sur des pétroles de basse densité. Les Américains n’utilisent donc pas leur pétrole, ils le vendent. À très cher. Et avec cet argent, ils rachètent du pétrole moins dense, du Moyen-Orient, qu’ils peuvent raffiner. Avec bénéfice.

Imaginez que le Moyen-Orient bloque un certain détroit et prive le monde de la majorité du pétrole moyennement dense. Les US n’aiment pas trop, mais en même temps : les gens vont acheter LEUR pétrole à la place, et plus cher. Si c’est plus cher ils peuvent en produire plus. Pendant ce temps ils ont plus de finances pour acheter le peu qui n’est pas bloqué de la péninsule arabique. Si ça devient TRÈS TRÈS cher ils pourront financer l’adaptation de leurs raffineries à leur pétrole.

Mais imaginez d’un coup que le blocus reste, mais que les autres pays négocient des droits de passage. Les US ne peuvent plus vendre leur pétrole à des gens qui auront le pétrole iranien à moins cher. Tout s’écroule. Il faut soit que ce soit bloqué, soit pas bloqué, pour que ça marche.

Et d’un coup vous pouvez comprendre la dernière dinguerie de Trump sans vous demander dans quelle choucroute on vit : le surblocage du détroit ne sort pas SEULEMENT de son esprit malade d’enfant boudeur de 5 ans. Et tout ceci se joue donc avec une augmentation significative du coût environnemental de l’extraction pétrolière. Et c’est sans parler des manipulations des marchés boursiers de Trump et son entourage autour de cette guerre. Elle est pas belle, la vie ?

(PS : comme d’habitude j’ai pris quelques petits raccourcis vulgarisateurs pour qu’on voie l’image d’ensemble.)