Parlons hyperacousie. C’est peu connu, alors voyons ensemble : qu’est-ce que ça fait, l’hypersensibilité auditive dans le TSA ?
Je vais sans doute oublier des trucs. Bref.
En préambule, rajoutons que tout le monde est différent, que l’autisme est un spectre, que les troubles sensitifs varient d’un individu à l’autre (même si l’audition et le toucher sont assez courants) et concernent tous les autismes, avec comme sans déficience intellectuelle.
L’une des premières formes / symptômes sera le déficit d’inhibition latente. Imaginez, vous êtes dans un restaurant, plutôt silencieux. Vous parlez avec votre voisin de table. Une seule autre table est occupée. Vous allez autant entendre la conversation de l’autre table que la vôtre. Le « autant » est difficile à décrire. La même force, mais aussi avec le même pouvoir attractif. Il devient difficile de se concentrer sur ce qui est dit à votre table, et si avec de l’effort on le peut, c’est fatigant. Parfois on peut ne plus suivre. Voire répondre à un truc dit à l’autre table.
C’est un peu déroutant pour les gens, parce qu’ils n’ont pas entendu ce qui se disait à côté. Ils pensent que c’est parce que le son est trop faible pour eux, mais non, c’est leur cerveau qui a filtré. Ça ressemble à un super pouvoir vu de l’extérieur si vous arrivez à vous concentrer. Ça ne l’est pas.
Arrivent d’autres clients, et les plats. Les conversations mêlées, les serveurs qui crient, les bruits de couverts, la musique de fond. Le bruit des talons du serveur. Le voisin qui mâche en piaffant. Le moustique qui tourne autour depuis le début de la soirée. Non seulement se concentrer devient très difficile et fatigant, mais l’ensemble devient une source de stress. Le cœur s’accélère, la pression sanguine grimpe. Parfois, le mal de tête peut aussi poindre chez certains.
Mais la soirée avance, et c’est un endroit qui, après le dîner, se métamorphose en un endroit pour finir la soirée. Le volume du son est poussé. L’ambiance bar. La fatigue et le stress cumulés, l’attention chute. Peut arriver en même temps la nausée. Autant que faire se peut, on s’enferme dans sa tête. On est irritable, à fleur de peau, sec.
Les gens parlent plus fort pour couvrir la musique. Tout se mélange. Le volume atteint le seuil de douleur. Ce n’est pas le seuil de douleur de « oui mais ils respectent pas la législation », non. Il va être dépendant du contexte. Parfois très bas. Mais le son va littéralement faire mal. Plus on est fatigué, plus on est stressé, plus le son est soudain, plus ce sera à une intensité insoupçonnée par l’entourage. Si vous avez vu des gens ayant un TSA se couvrir les oreilles, on est à ce point de leur vie. Ils cherchent la fuite.
À ce niveau, tout ressenti cumulé, un phénomène sympa s’ajoute : la démobilisation intellectuelle. En gros, accaparé par ces sensations obsédantes, on ne peut plus réfléchir à rien d’autre : on perd littéralement des points de QI, on n’arrive plus à former une pensée cohérente, à s’exprimer.
Et on rajoute sur la table l’hypersensibilité sélective. Certains sons vont particulièrement affecter la personne, de manière particulièrement forte. Les bruits forts soudains (bouchon de champagne, avion qui décolle, klaxon) ou stridents. Ou certaines fréquences ou sons spécifiques. En exemple PAS DU TOUT PERSONNEL, VOYONS QU’ALLEZ-VOUS CHERCHER, les miaulements de chat ou les pleurs de bébé. Bon bah vous prenez tous les symptômes précédents, vous multipliez par 20, et en un coup.
Le stress se transforme en panique ou en terreur. La douleur submerge tout. Les seules pensées sont le roulage en boule, la fuite, ou la violence. Ou un mélange des 3. La perte des capacités intellectuelles abîme d’autant plus tout vernis d’inhibition sociale qui aurait pu être acquis. Tu pleures (littéralement), tu hurles, tu as envie de te débattre, de fuir, de taper ou insulter, tout, même toi-même, tout TOUT pour que ça s’arrête. Ou alors tu es roulé en boule et tu meurs, là, tu préférerais mourir si c’est pas le cas, alors que bon c’est juste un bébé qui pleure. Et tu n’en sors pas indemne. Il te faut du temps pour récupérer, même une fois le stimulus sonore terminé.
Bon, et on peut faire quoi alors ? Il y a des pistes qui aident. • Les casques anti-bruit ont sauvé des vies. Le danger c’est de trop y recourir et risquer une déshabituation aux sons. Mais dans des situations attendues, c’est la vie ! • Certains sont aidés par les bruits blancs, il existe des générateurs. • Se faire accompagner par un psychomotricien, qui est spécialisé dans les thérapies d’habituation. • Laisser les gens s’isoler temporairement pendant les rassemblements sociaux sans mettre de pression en jugeant. • Baissez le son. • NE PIAFFEZ PAS.
Voilà voilà. J’ai pas de conclusion.