L’affaire du MCAS de Boeing est bien plus compliquée qu’un simple problème d’automatisation. Il s’agit du système qui a causé deux crashes il y a quelques années. Ces problèmes sont une honte, pas à cause du système en question en lui-même.
Le MCAS permet de redresser automatiquement l’appareil s’il détecte qu’il est en train de piquer du nez. Il se base pour ça sur un capteur. Mais si vous m’avez lu, vous savez maintenant qu’on ne fait rien sans redondance normalement. Or chez Boeing, le second capteur, c’est une option payante.
Ensuite il essayait de corriger trop fréquemment et trop fortement le piqué, donc quand le capteur a envoyé une mauvaise information et que l’avion a trop redressé, les pilotes ont compensé en paniquant… ce qui a fait que l’avion a encore plus redressé.
Et ça touche à un autre problème fondamental de cette catastrophe : le MCAS était un système secret. Jamais Boeing n’en a parlé, il n’était pas dans les manuels de l’appareil, aucun pilote n’a été formé. Sauf ceux qui ont pris un cours spécial. Optionnel. Payant.
Du coup, en cas de défaillance du MCAS :
- il y a normalement un autre capteur, mais Boeing a préféré en faire une option ;
- il y a des procédures simples de pilotage, mais Boeing a préféré faire de leur apprentissage une option.
Et sans dire pourquoi il fallait acheter ces options.
Cette histoire, c’est une faillite intellectuelle absolue de Boeing, c’est un problème commercial, c’est un problème de fric… moins un problème d’automatisation.
(Maintenant ils ont offert les options de sécurité à tout le monde, ils forment les pilotes, et le MCAS a une fréquence de polling moins agressive et un redressage par incréments plus petits.)
((Mais c’est trop tard : je — et sans doute d’autres — ne ferai plus jamais confiance à Boeing sur leurs appareils récents.))