Vous reprendriez bien un peu de physique ? Je l’ai déjà raconté à l’époque sur Twitter, mais parlons de « la couleur » du nucléaire.

Quand on veut donner dans la fiction une impression de nucléaire, vous le savez, on tombe dans le vert fluorescent qui brille la nuit.

Ça ne vient pas totalement de nulle part : une des premières utilisations pour le public de la radioactivité, c’est le radium peint sur les aiguilles de montres et d’horloges. Aiguilles qui brillaient dans le noir d’une teinte verte.

Sauf que… non. Les radiations émises par le radium sont converties en lumière visible par d’autres éléments de la peinture appliquée sur les aiguilles, ce n’est pas le radium qui brille lui-même. Il n’est qu’une source d’énergie. Mais le mal est fait.

D’autres images issues de films peuvent vous revenir en tête. Par exemple une lumière bleue autour des réacteurs nucléaires. Et vous pourriez soupirer en vous disant qu’il leur faut toujours rendre le nucléaire inquiétant ! … sauf que cette lumière est réelle, et ce n’est pas l’éclairage.

C’est absolument fascinant (et superbe) mais la raison est tout aussi merveilleuse ! Car non, ce n’est pas dangereux et ce n’est pas lié à des radiations qui s’échapperaient du réacteur comme certains le craignent. Et pour expliquer ce qui se passe, on va faire un parallèle.

Vous savez ce qu’est « le mur du son » ? Les ondes sonores se déplacent dans l’air à la vitesse de 340 mètres par seconde — à quelques chatons près en fonction de la pression et la température. Un avion qui « dépasse le mur du son » dépasse cette vitesse. Et les ondes sonores qu’il émet, se déplaçant moins vite que lui, elles ne peuvent s’échapper : elles s’accumulent devant, formant une onde de choc. Et on entend BOUM quand elle touche nos oreilles.

Bien, mais quel rapport avec l’étrange lumière bleue des réacteurs ? Cet effet, nommé rayonnement de Tcherenkov, se produit quand des électrons ou des protons… dépassent le mur de la lumière. Non, je n’ai toujours rien fumé. Même après avoir dit que rien ne pouvait aller plus vite qu’icelle.

C’est le problème quand on parle « vitesse de la lumière ». Rien ne peut dépasser la vitesse c. Et c’est la vitesse de la lumière… dans le vide. Sauf que dans l’eau, la lumière va moins vite (225 000 kilomètres par seconde, à quelques autruches près). Les particules chargées issues des désintégrations nucléaires ne ralentissent pas autant, et peuvent aller plus vite. Cette lumière bleutée, c’est « l’onde de choc » qu’on voit quand ça arrive.

Et voilà comment nos cuves de réacteurs ont un éclairage nature intimiste et cozy.

Addendum : pourquoi bleu ? Parce que l’eau liquide absorbe plus facilement les longueurs d’onde du bas du spectre, comme le rouge. Comme la mer ou n’importe quelle piscine.