Je n’aime pas ces propos, et j’aime encore moins qu’ils soient si communs à gauche — ces propos affirmant, sous une figure de style interrogative, qu’il faudrait supprimer les CPGE.

Fondamentalement, la gauche appuie sa politique sur la diminution des déterminismes par la politique et la société.

Post sur Bluesky affirmant sous une figure de style interrogative qu’il faudrait supprimer les CPGE.

Appliqué aux déterminismes économiques, on promeut l’émancipation par le savoir, le travail, l’égalité des chances. De mettre l’ouvrier là où est le bourgeois, pas empêcher le bourgeois. Ne serait-ce que parce que ce n’est pas possible, il y aura toujours un moyen pour eux.

On n’y est pas, hein. Le taux de prolétaires en prépa est abyssalement bas. Mais l’idée n’est pas de considérer les CPGE comme pré carré des fils de cadres. Donc une fois ceci évacué, la gauche n’est pas censée être contre l’excellence. Personne ne devrait être contre l’excellence.

Je suis un cas particulier de l’étudiant en prépa. Quand je suis sorti, je ne suis pas allé en école d’ingénieur, elles ne m’intéressaient pas : je suis allé à la fac pour poursuivre et approfondir mes études (en l’absence d’Ulm). J’ai connu les deux.

Et bien la différence de savoir, de méthodologie entre les deux est ABYSSALE, et ce tant de manière verticale (approfondissement) qu’horizontale (nombre de matières). Après deux ans, on pouvait à mon époque directement valider une licence ET deux à trois DEUG en parallèle.

Mais pire : au-delà de cette équivalence administrative, arrivé à la fac, on volait encore au-dessus des autres élèves sur beaucoup de sujets. Il faut attendre la 2e année de master pour niveler un peu les différences. Comment ça se projette en 2025 ?

Et bien… actuellement, on fait en L1 et L2 ce qu’on faisait avant au lycée. En exagérant on peut dire qu’on a perdu deux ans. Mais en CPGE, ça devrait être pareil, du coup ? Et bien… pas exactement. Je vais ne prendre que les maths et grossir un peu le trait.

Arrivé en première année de maths sup, on ne révise pas ce qui a été appris avant, ni ne reprend la suite. On recommence tout à zéro. Tout. On reconstruit les maths, mais sans plus rien admettre, en apprenant, construisant et prouvant tous les outils mathématiques.

Du coup, recommencer à zéro avant ou maintenant, ça change un peu les choses parce que ça aide d’avoir une idée du résultat et des habitudes, mais pas fondamentalement. Le niveau en prépa n’a pas diminué à la même vitesse.

Supprimons donc les CPGE comme les gens proposent. Pareil, on ne se concentre pas sur le « pourquoi », c’est pas mon propos. On se concentre sur le « comment ».

1/ On supprime et on ne change rien aux programmes et méthodes de la fac. Non seulement c’est un nivellement par le bas, mais là les prolétaires vont être totalement exclus : les bourgeois qui veulent une formation d’excellence partiront dans des formations sélectives… et inaccessibles. C’est le modèle de la plupart des pays, en particulier anglo-saxons, avec des universités d’élite et d’autres médiocres, et des diplômes qui ont une valeur différente en fonction d’où il est obtenu.

2/ On supprime et on rajoute une branche d’excellence à l’université. Un renommage donc. Ahah. Suivant.

3/ On supprime et on aligne le niveau des universités sur celui des prépas. Si vous n’aimiez pas l’élitisme, wait for 80 % d’abandon en première année de fac dans les filières scientifiques.

Je ne sais sincèrement pas d’où vient cette idée que la prépa serait un problème en tant que tel dans notre système éducatif. Oui, c’est exigeant, c’est le but. Oui, c’est marqué socio-économiquement ou en termes de parité de genre, mais ça ça se travaille. Mais sinon ?

Il y a une sorte d’anti-intellectualisme qui s’installe partout dans le spectre politique, pour des raisons différentes. Il y a un culte à la médiocrité, grand unificateur devant l’Éternel. C’est préoccupant. Très. Bref. Tapez-moi dessus encore.