Je vais pas me faire des amis, mais je vais le répéter : je suis fondamentalement, absolument contre les quotas. Et je vais dessiner les pourtours du pourquoi.

Les quotas se font toujours « au détriment de ». Imaginez une classe de prépa de 50 élèves. Un quota établit du 50 50 sur le genre. Il y a moins de filles dans les disciplines scientifiques. Du coup, imaginons que 10 filles compétentes fassent le vœu d’y aller. On fait quoi ?
  • Solution 1 : on ne fait rentrer que 10 garçons. L’effectif de classe est incomplet et on refuse à 30 garçons une formation qu’ils souhaitent, dans laquelle il y a de la place, pour laquelle ils ont les compétences. C’est absolument inacceptable.
  • Solution 2 : on remplit la classe de garçons, à hauteur de 25. Il manque 15 filles compétentes qu’il faudra faire venir de force alors que ce n’est pas leur premier choix, les privant de faire ce qu’elles voulaient au nom de la cause. C’est absolument inacceptable.
  • Solution 3 : on remplit la classe de garçons à hauteur de 25. Ça rend la sélection plus drastique et augmente leur niveau général. Ensuite on prend les 10 filles compétentes. Pour les 15 autres, on prend des filles volontaires mais pas compétentes. Diminuant leur niveau général.

Non seulement c’est inacceptable, mais ça renforcerait les stéréotypes, dans tous les cas. Et pour bien le voir, sortons de la classe et passons au recrutement, avec un peu de mathématiques.

Il y a autant de compétence chez la femme que chez l’homme. Imaginons une population de 200 individus où sur un sujet 50 % des gens sont compétents. Il y aura donc 50 femmes compétentes et 50 hommes compétents. Dans ce cas bim, tout marche bien. Mais imagine que notre population maintenant est différente : la moitié des gens dans notre école sont compétents, comme avant. Mais dans l’école il n’y a que 20 % de femmes. On a donc 40 femmes pour 160 hommes dans l’école. La moitié est compétente : on a 20 femmes compétentes et 80 hommes. Si on embauche la moitié des gens diplômés et qu’on s’impose un quota basé sur le genre, on va embaucher 50 femmes, et 50 hommes. Hors ratés de recrutement (qui existent dans la vraie vie), on doit prendre 50 hommes dans les 80 hommes compétents. Mais on va devoir prendre 50 femmes alors qu’il n’y en a que 40 qui auront été diplômées dont 20 de compétentes. On devra donc mécaniquement embaucher 20 femmes incompétentes, et 10 de figuration. Ou on respecte pas les quotas et on aura quand même 20 femmes incompétentes pour 10 hommes.

Mathématiquement, si le quota de recrutement ne correspond pas au quota de personnes disponibles sur le marché, on favorise l’incompétence des gens discriminés positivement, À CAPACITÉ DE COMPÉTENCE ÉGALE DANS LA POPULATION. Dans le « meilleur » cas, on aura donc 20 femmes compétentes, 20 femmes incompétentes, 50 hommes compétents, 10 hommes incompétents. Pendant les augmentations salariales basées sur la compétence l’année suivante, les hommes prendront 71 % des augmentations par ailleurs. Dans le pire des cas on aura 20 femmes compétentes, 20 femmes incompétentes, 10 potiches absolues, 50 hommes compétents. Et en dehors de l’entreprise : 50 hommes incompétents qui se disent à juste titre qu’ils auraient été meilleurs que les potiches.

Par ailleurs, toujours dans ce cas le pire, on aura Jean-Michel Misogyne qui pourra dire que « regarde on voit bien que les femmes sont plus incompétentes que les hommes », les Robert Pas-tant-misogyne qui dira que chaque fois qu’il a une collègue femme y a plus d’1 chance sur 2 qu’elle soit nulle. La misogynie de l’ignorance n’est jamais absolument grave. Les misogynes qui pensent « dans le vide » que les femmes sont moins compétentes peuvent être détrompés par le temps et l’expérience. La misogynie « qui a des preuves », elle ne se combat plus. C’est trop tard. C’est tout le problème : on rend VRAI le fait qu’une femme a moins de chance d’avoir le même niveau d’expertise au même poste, au même diplôme. On n’a vraiment pas besoin de ça.

Et au delà ? Bah au delà je crois que les 20 compétentes peuvent être très vite saoulées des 30 incompétentes en direct, saoulées de l’image que ça renvoie d’elles. Je pense que vu depuis l’extérieur ça ne donne pas envie non plus, et que ça freine les filles à aller dans ces filières. Pas autant que la misogynie, mais comme ça crée aussi de la misogynie ça fait un beau package. Un peu comme quand on regarde nos flics actuels : bah ça donne pas envie de devenir flic, alors que c’est justement parce que les gens différents ne veulent pas le faire qu’on ne les voit pas.

Tournez-le comme vous voulez : les quotas sont toujours injustes, et finissent toujours par créer discriminations et renforcer les clivages. Le seul endroit où je peux y voir une plus-value, c’est dans le champ de la représentation démocratique. Légère. J’ai pas de bonne réponse, donc. Je pense réellement que faut d’abord se concentrer sur les compétences pour le recrutement et faire des quotas qui suivent les proportions de la population dans la catégorie. Même si c’est plus lent. Et dans beaucoup de milieu c’est DÉJÀ un quota supérieur.

Mais surtout : si vous voulez plus de femmes en sciences, c’est avant que ça se décide, dans la mesure où ça se décide. Et je rajoute un autre truc qui va faire hurler sans doute : pour moi même ça ne devrait pas être un objectif. On devrait faire en sorte que tout le monde ait la même opportunité de choisir, et que tout le monde soit exposé de la même façon aux mêmes disciplines. Et c’est là le point central. Une fois ceci fait, on doit laisser les gens faire ce qui leur plaît et qui vont les épanouir. Et si autant de femmes que d’hommes veulent s’épanouir en faisant des maths, ou en codant, ou ce qu’ils veulent, génial. Si les hommes sont moins tentés que les femmes en moyenne par une profession ou l’inverse, génial pareil. S’ils ne se sont pas empêchés par pression de s’y intéresser.

Je suis pas vraiment concerné. Et de mon côté je travaille avec et recrute majoritairement des femmes, parce que j’ai la chance d’avoir eu d’excellentes candidates, et de former des femmes (et je forme bien 😆). Mais si j’avais eu que des hommes à être les meilleurs durant nos entretiens et nos tests techniques, j’aurais pris que des hommes avec du regret mais sans aucune once de mauvaise conscience. J’encourage toutes les initiatives pour que des femmes apprennent à coder et se reconvertissent, que des femmes fassent plus de sciences, de maths, d’info à l’école, j’enseigne : mais je recrute le ou la meilleure. Et à profil égal, je vais favoriser la parité. Si on y est, ça sera du pile ou face.