C’est festival aujourd’hui : tu dois débunker à tour de bras sur la politique US. À chaque mesure de Trump, on hurle au fascisme. On se calme, on boit de l’eau, et on arrête de voir ça par la lorgnette de notre système national. Deux exemples du jour.
Fermer le département de l’éducation. Les gens paniquent et hurlent au fascisme parce que Trump veut fermer le département de l’éducation. J’ai pas d’avis sur le sujet mais c’est pas ce que ça semble être. Le gouvernement fédéral américain n’a un département de l’éducation que depuis le milieu des années 70. Avant, ce n’était pour autant pas du fascisme. Pas de raison que revenir à cet état le devienne. Encore une fois arrêtez la psychose.
On parle d’un État FÉDÉRAL. La politique américaine inclut pour chaque prérogative d’État un débat qui n’existe pas pour nous : géré par l’État, par la Fédération, ou par les deux ? Et l’éducation est une prérogative de chaque État, le département fédéral étant un « les deux » bonus. L’idée c’était d’avoir un socle commun coordonné entre les États. Si ça a été monté dans les années 70, le socle commun a été défini sous Obama 30 ans plus tard seulement. Tous les acteurs de l’éducation aux US s’accordent à reconnaître que ça n’a jamais eu le résultat annoncé, avec des résultats en déclin depuis et des disparités entre États toujours présentes.
Par contre, ça désengage l’État fédéral et réduit son scope et son budget. Vu de notre pays où tout le monde est étatiste, de droite comme de gauche, ça ne marque pas… mais aux US c’est la distinction fondamentale entre les deux camps politiques. Les Républicains pensent que les États puissants et omniprésents deviennent tyranniques et qu’il est le devoir de la constitution et des politiques de limiter cette influence, et des citoyens de s’en protéger. Donc des mesures pour moins d’État. Donc des mesures pour avoir le droit de s’armer. Bref : on est totalement dans une mesure républicaine, mêlée de conservatisme de « c’était mieux avant ». Mais comme sur le sujet c’était mieux avant, la question est de savoir si c’est corrélation ou causalité. Mais c’est pas du fascisme et c’est même pas « mal ».
Le retour de la prière à l’école. « Trump veut le retour à la prière dans les écoles, c’est le début du fascisme. » Alors je sais pas s’il veut mais admettons. Bah c’est toujours pas du fascisme, c’est du populisme. Et il peut pas. Alors pourquoi du populisme ? Parce que les US ne sont pas l’Europe, l’histoire religieuse des US lui est propre, et aussi incongru que ça nous paraisse depuis la France, entre 60 et 70 % des américains sont pour, y compris certains démocrates. Cette mesure plai(rai)t.
Mais pourquoi il peut pas ? Il ne peut pas parce que la Cour Suprême américaine a décidé au début des années 60 que c’était inconstitutionnel. À cause du premier amendement, celui qui tente (en ratant mais c’est un autre sujet) de faire des US un état laïc. Les écoles et la prière étaient protégées de cet amendement en partie parce que la population aimait cela, mais aussi parce que cet amendement ne concernait initialement que l’État Fédéral, et pas les États constituants, et que l’éducation était du ressort de chaque État. La Cour Suprême a fait remarquer que le 14e amendement (instauré pour que l’État fédéral puisse interdire les États membres de légaliser l’esclavagisme, en gros) obligeait tout le monde à respecter le 1er amendement, même dans les écoles, bisou.
Donc le retour de la prière ? Difficile, à moins d’amender à nouveau la Constitution ou arriver à faire réviser la jurisprudence. Comme la Cour Suprême actuelle est conservatrice, c’est peut-être possible. Mais ça n’est plus Trump, c’est la Cour Suprême, et c’est difficilement du fascisme.