Une mode actuelle sur Tiktok : retirer ses enfants de l’école, et ne pas pour autant les instruire autrement que répondre à leurs questions et leur apprendre à faire les courses et le ménage. Et ces femmes parlent d’empowerment.

C’est vrai que les femmes étaient mieux loties quand elles n’allaient pas à l’école pour rester apprendre la vie à domicile. Empowerment. Apparemment on peut apprendre tout seul et à son rythme, même la lecture. Ça explique l’analphabétisme au moyen âge. Oui oui oui.

Ceci dit on est plus dans l’égalité comparé au début du XIXe : une égalité dans l’illettrisme et la médiocrité, mais maintenant les enfants de tout genre peuvent ne pas avoir accès à l’instruction. (Comment ne pas voir ça comme de la maltraitance ? C’est fou.)

Ça me fait aborder une ancienne marotte que vous me connaissez peut-être : le nom du ministère s’occupant des écoles. Avant 1932, le Ministère de l’Instruction Publique. Depuis, le Ministère de l’Éducation Nationale. Sauf que non. L’éducation est un rôle partagé mais principalement dans les mains des parents. L’instruction est le rôle principal de l’école, et tente de supplémenter les manques parentaux côté éducation.

Ces gens qui vantent l’« unschooling » sur Tiktok, au-delà de ne rien comprendre, ne donnent QUE des exemples d’Éducation plutôt que d’Instruction. Comme si les parents ne pouvaient pas, ne devaient pas, ne faisaient pas, leur boulot d’éducation EN PLUS de l’instruction scolaire. Ces gens découvrent (« découvrent ») que les parents doivent éduquer leurs enfants et leur apprendre la vie, et pensent être révolutionnaires. Et pendant ce temps leurs enfants de 12 ans ne savent pas lire. Dans un pays (les US) où 54 % des adultes ont un niveau de lecture de niveau collège ou moins.

Socio-démographiquement, ces mères sont principalement des « entrepreneurs » impliquées dans des systèmes de Ponzi, des Wickas, des Influenceuses. Surprise totale. Il y a un monde parallèle duquel j’ai rarement conscience. Ça ferait rire si on ne voyait pas la destruction d’enfants innocents en direct.

Cela dit, en France, déscolariser n’est pas du tout la même chose qu’aux US. Sur la question de la déscolarisation, il faut bien distinguer deux choses. Le problème n’est pas de sortir l’enfant du milieu scolaire (et encore, j’arguerais que même en cas de phobie il y a, dans certains endroits, ou devrait y avoir d’autres solutions avant) : le problème est de le sortir de l’instruction.

On peut faire l’école à la maison. Il faut une autorisation de la mairie et de l’académie, souvent appuyée par le médecin scolaire. Dans ce cas on doit présenter tous les ans son plan d’instruction au directeur académique des services de l’éducation nationale. Dans le milieu on l’appelle le DASEN. Trois mois après le début, on refait venir le médecin scolaire et/ou le psychologue scolaire pour s’assurer que psychologiquement ça va pour l’enfant. Puis c’est contrôle d’un inspecteur académique tous les ans pour contrôler les apprentissages.

On travaille par cycle ensuite : pour caricaturer, ce n’est pas grave (il faut justifier quand même et tout, hein, je simplifie) que « fin CP » l’enfant sache lire mais pas compter, mais fin du cycle 1 (CP-CE1-CE2), l’enfant non scolarisé DOIT être au niveau des enfants scolarisés partout. Viennent ensuite les cycles CM1-CM2-6e, 5e-4e-3e, puis la seconde toute seule, et enfin 1re-Terminale. À chaque fin de cycle (et aussi souvent que le DASEN pense nécessaire), retour du médecin scolaire et/ou du psy scolaire pour savoir si on continue.

En cas de manquement (programme non respecté, pas au niveau, mal-être de l’enfant), on impose la rescolarisation. Si elle n’est pas respectée sous 15 jours, il y a amende, emprisonnement et placement temporaire de l’enfant.

Voilà, en espérant avoir été complet. Mais avant de penser à la scolarisation à domicile, dans le cadre de phobie, mieux vaut essayer de trouver des structures scolaires spécialisées. Il en existe. Ce qui n’a rien à voir avec laisser un gamin de 12 ans ne pas savoir lire au nom de l’empowerment.