Grâce à Homofabulus, je prends connaissance de cette tribune, « La couverture médiatique d’un essai sur l’évolution révèle des défaillances dans la diffusion de l’information scientifique », et par là même du torchon « La survie des médiocres » de Daniel Milo.
C’est absolument effarant. Le livre, oui. Mais aussi et surtout son traitement médiatique.
Du livre déjà. Voilà un livre prétendant rejeter le consensus scientifique solide de centaines d’années qui ne soit pas un papier scientifique et ne soit pas écrit par un biologiste. Il ne faut pas trembler des genoux.
Un livre qui ne s’appuie sur rien et qui sous-titre donc « Critique du darwinisme et du capitalisme » sous-entendant que l’un justifierait l’autre et donc en reniant l’un l’autre s’écroulerait avec. Mais quelle idée ?
Et c’est là ma première peur (en attendant de parler des médias ensuite) : nous sommes arrivés à un point où il suffit de trouver qu’un phénomène est injuste pour en rejeter l’existence. On est entre 1984 et la Révolution Culturelle maoïste, et c’est diffusé dans nos discours politiques actuels.
Franchement, c’est quoi la différence entre « L’idée erronée de l’Évolution crée une image capitaliste et néolibérale de la nature, et quand [les biologistes] ne le promeuvent pas il la tolère et leur silence vaut approbation » et « la relativité est impérialiste anti révolutionnaire » ?
(Ce qui me fait penser, totalement hors sujet, à la scène d’introduction du Problème à trois corps de Liu Cixin, de la Science Fiction chinoise à lire absolument.)
L’auteur parle même de trahison du contrat social quand les gardes rouges exécutaient des scientifiques au nom de la trahison du peuple. C’est fou. Et donc tout ça c’est sans parler des sophismes naturalistes, et des idioties énoncées dans le bouquin. On pourra y revenir un autre jour.
Et là arrivent les médias. Accrochez-vous.

La liste n’en finit pas, donc je vais moi en finir. « Quand vous pensez détester suffisamment les journalistes, vous ne les détestez pas encore assez. » Il y a (beaucoup) d’exceptions à cette règle comme il y a beaucoup d’exceptions aux règles des flics-qu-on-n-aime-pas, mais la vache.

Et c’est ici ma seconde peur, récurrente mais de plus en plus nette. On vit dans un monde très compliqué. Très pointu. Qui fait très peur. Le journaliste devrait être celui qui explique, qui rassure, qui vulgarise. On a vu s’accélérer depuis le Covid la réalité des faits.
Les journalistes sont nuls en science. Ils font des études littéraires et vivent dans des milieux où il est valorisé de ne pas avoir ouvert un bouquin de physique newtonienne. Les rares journalistes scientifiques sont cantonnés aux rubriques « science » de leur journal quand la science est partout.
Les journalistes n’ont aucune idée de ce qu’est le consensus scientifique et semblent incapables de comprendre que tous les avis ne se valent pas. Le but n’est pas de mettre un militant écologiste antinucléaire ayant une licence en histoire de l’Art en face d’un physicien du nucléaire.
On ne peut pas encenser un livre de presse écrit par un demi philosophe à la mode et moquer le consensus scientifique établi par des milliers de biologistes spécialisés.
La presse n’est pas là pour dire que Hervé dit qu’il pleut dehors mais que Gérard affirme que non : elle est là pour ouvrir les volets et dire qui a raison.
Et si les volets sont hermétiquement fermés, la presse est là pour dire que Gérard qui est climatologue et a accès à un satellite dehors a plus de chance d’avoir raison que Hervé qui est comptable et qui l’a lu dans le marc de sa tasse à café.
C’est déjà grave quand ça parle de nucléaire. On a vu comme ça devenait dangereux quand ça parle d’épidémie mondiale. Mais s’attaquer à l’évolution ?
Ça a l’air de rien hein. Mais vu le climat religieux mondial (et leur rapport à l’évolution), vu la montée des complotismes, faut-il leur servir la soupe et continuer à saper le peu de culture scientifique qu’on arrive encore à inculquer à l’école ? J’ai la trouille.