On entend souvent que la Californie tournerait en 100 % renouvelable. Sauf que c’est faux : la Californie, comme n’importe quel pays, ne peut pas être en 100 % renouvelable. Elle tourne au gaz avec plus de 30 GW d’installé. Même en ce moment même, en plein milieu de leur après midi ensoleillé, c’est encore 1/4 de leur électricité. Cette nuit ça sera 95 %.

Par ailleurs il y a deux centrales nucléaires en Californie, qui fournissent sur l’année presque 15 % de leur électricité. Dans tous les cas, alors que leur solaire de l’après-midi tourne à fond, la Californie émet 146g de CO2/kWh. La France de nuit est à 36g et fournit ses voisins.

Alors pourquoi ce n’est pas possible le 100 % renouvelable ? Pas parce que « gnagnagna l’argent » ou la politique : c’est littéralement physiquement impossible. Un réseau électrique est toujours à l’équilibre, il y a autant d’électricité de produite que de consommée. Si on produit moins, des gens n’ont plus le courant. Ou des hôpitaux. On appelle ça un décrochage et c’est la pire chose qui peut arriver à un réseau électrique. Si on produit plus, il y a surtension et le réseau peut imploser, ce qui est la pire chose qui peut arriver à un réseau électrique.

On produit donc ce qui est utilisé. Ce qui veut dire qu’à chaque fois qu’on allume une bouilloire, automatiquement à l’autre bout du fil on produit plus. Et quand la bouilloire s’arrête on produit moins. On peut brûler plus de charbon ou moins de charbon à la vitesse d’une bouilloire. On ne peut pas demander plus de vent ou moins de vent. C’est ce qu’on appelle des sources d’énergie pilotables. Il faut AU MOINS la moitié de ta capacité à être pilotable. En vrai ça dépend de ce que tu as.

C’est aussi pour ça que les panneaux solaires individuels sont une instabilité sur le réseau, contrairement à ce que les gens qui n’ont jamais fait de physique ou d’ingénierie voudraient faire croire. Le vent ou le soleil ne souffle ou brille pas moins après brushing. Tout comme il ne soufflait pas ou ne brillait pas plus avant la mise en pli ou la décision de griller du pain. C’est pour ça que vous voyez régulièrement des champs d’éolienne à l’arrêt : on veut pouvoir baisser la production ou l’augmenter en direct, et les équipements individuels sont reliés sur le réseau et ils ne sont pas contrôlables. S’ils sont « peu », ils vont se noyer dans la masse. Mais en cas de démocratisation sans stockage énergétique local (des batteries de maison qui vont avec, en gros), chaque panneau représente un problème de maintenance pour le réseau. Sauf que les batteries de maison c’est cher et problématique côté pollution pour le moment.

Par ailleurs, pour ceux qui n’aiment pas le nucléaire, fait marrant : il n’y a pas de risque significatif, contrairement à la peur entretenue, mais il y a une augmentation du risque (de très ridiculement minime à ridiculement minime) quand on change la production. Donc quand on allume son panneau.

Il ne faut surtout, surtout pas se laisser endormir par ces sirènes. Ce sont elles qui mènent au désastre climatique. On aimerait tous, mais la vie c’est plus compliqué 🙁