C’est lié à rien de précis mais prenez mon coup de gueule du moment.

Je suis fatigué du monde. Pas des guerres, ou du dérèglement climatique, ou même de l’économie. Enfin ça aussi, mais c’est une échelle qui n’est pas humaine. Moi je suis fatigué de la société. Ou de son absence.

Tout, tout, tout est conflictualisé. Par les gens que je n’apprécie pas comme par vous que j’aime, indifféremment. On a abandonné le vivre ensemble, la société, et ça s’enracine, et ça nous envoie dans le mur.

Plus personne ne supporte la contradiction, la différence, la divergence. La moitié au nom de la célébration des dites différences. Tout le monde est offusqué de tout le monde. Les gens votant à gauche ne peuvent plus être amis avec des gens votant à droite, et vice-versa. On est morcelés, tiraillés. On refuse de voir les autres autrement que par le filtre de ses étiquettes et de ses stéréotypes. Gauche/Droite, Blanc/Racisé, Femme/Homme, Réac/Woke, Gay/Hétéro, Cis/Trans…

Ça ne marche pas et ça me fatigue. Des deux côtés. J’exige qu’on s’accorde le droit de ne pas être d’accord et de s’apprécier pour autant à côté. J’exige qu’on refuse d’abandonner une connaissance de vingt ans parce qu’on découvre qu’elle met de l’ananas sur sa pizza, ou qu’elle ne vote pas comme soi. Je me rappelle qu’il y a 20 ans on pouvait s’engueuler gentiment autour d’une bouffe sur la nullité du programme soutenu par l’autre et pour autant on aurait donné un rein pour lui. Ça semble si rare aujourd’hui.

S’il vous plaît, soyez « pas d’accord » avec moi. Sur l’ananas sur la pizza, sur qui voter, même sur le mariage gay si besoin. Mais en appréciant qui je suis, et mon parcours, et notre intérêt commun pour les figurines de cire hollandaises d’éléphants dansant en tutu du XVIIIe ?

ET NE METTEZ PAS D’ANANAS SUR LA PIZZA, MAIS ENFIN QUOI, ON N’EST PAS DES BÊTES NON PLUS.