Moment « histoire chiante de ma vie », pardon aux familles.
Je ne suis pas baptisé, pas croyant, anticlérical forcené, et ma sexualité m’apporte l’hostilité de la plupart des gens d’Église. Que j’ai vécue en direct.
Et pour autant, quand sans ressource ni toit après mon coming-out, une camarade des bancs universitaires, extrêmement croyante, s’habillant de manière stéréotypique de la catholique de bonne famille et contre le PACS (avec affiches, pancartes, et compilations de chants de manifestations)… m’a proposé de faire une retraite catholique avec elle pour le carême.
J’ai accepté, après beaucoup de délibérations intérieures. Pragmatiquement c’était un canapé de moins à squatter, ou d’autres extrémités plus inavouables pour quand ça ne pouvait pas se faire (sachant que je ne vole pas). J’étais mortifié, j’avais l’impression de me trahir, mais au-delà, elle m’a dit que ça lui ferait plaisir, et que ça me permettrait de mieux comprendre ce que je juge par ailleurs, et qu’il n’y avait aucun but prosélyte. (Il y a toujours un but prosélyte.)
Arrivé sur place, j’ai eu le droit à une convocation de l’Abbé. Pour me dire que pour lui, tous les enfants de Dieu devaient être aimés. Que le fait que je ne le sois plus par mes propres parents était sans doute exagéré, qu’il leur faudrait du temps. Il a dit que le fait que les miens m’abandonnent ne faisait que renforcer l’amour que Dieu avait pour moi. Et que lui en tant qu’homme préférait un athée qui s’attachait à faire le bien que nombre de croyants cachant un cœur vil. Et qu’il savait au fond de son cœur que Dieu aussi.
Il m’a proposé un deal. Je participe à toutes les tâches de la communauté. Aux prières chantées. Je pouvais éviter les prières de nuit, mais devais participer aux recueillements de jour, avec comme consigne de méditer sur moi-même. J’ai ri, un peu moqueur. Il a souri et dit qu’il faut bien ça pour que j’apprenne à m’aimer à la hauteur de ce que je méritais. J’ai moins ri.
Et j’ai passé les 15 jours les plus paisibles de ma vie. J’ai discuté souvent avec l’Abbé. Je n’ai eu que respect, amour et attention.
Je lui ai dit un jour que sa tentative de séduction ne marcherait pas. En vrai en dehors de l’aspect religieux j’aurais pu faire ma vie reclus ici. Il m’a répondu que ce n’était pas son intention. Que je célébrais suffisamment Dieu dans mes joies naïves et ma bonté. Quoi que je pense de moi.
Je lui ai aussi dit qu’il était rare, et qu’il ne représentait pas pour moi son Église, et que les religions sont toutes des outils d’oppression. Il m’a répondu « sans doute. Mais peut-être que certaines personnes sont bonnes et d’autres mauvaises, dans l’Église ou au dehors. »
Il m’a dit que je pourrais revenir quand je voulais. Il est mort, et je ne suis jamais revenu. Je n’ai pas changé d’avis sur l’Église. Mais j’ai arrêté de juger les gens sur leur communauté.