Il paraît que je pourrais expliquer pourquoi il n’y a pas d’autoroute en Bretagne. Dont acte, mais si vous pensez déjà le savoir, vous risquez d’être surprises et surpris.

Vous pouvez en effet remiser notre bonne Anne dans le coin des légendes.

Notre histoire commence dans les années 60, et le boum économique qui aura suivi la seconde guerre mondiale. La pression culturelle française sur les Bretons bat son plein, et des boucliers se lèvent. Afin d’amadouer le Breton, et compenser un peu les lourdes pertes militaires bretonnes des deux guerres qui ont créé du ressentiment, l’attention de De Gaulle se tourne vers la Bretagne. L’un des résultats concrets aura été la volonté d’en faire une terre de télécommunication.

On appelle parfois Lannion la « Télécommunication Valley » ; on y a inventé le Minitel (sachez que le terminal aura été gratuit en Bretagne pendant qu’il était loué ailleurs). On y aura trouvé aussi Thomson, Bull, Goupil, Alcatel, Nokia…

Il y aura eu comme plan une modernisation des infrastructures routières, mais contrairement à la seconde légende après Anne, le plan n’aura jamais été initié du temps du Général. (Le terrorisme breton ayant fleuri aussi dans ces années, on peut dire que le plan de calmer les frustrations bretonnes aura été bien nul. M’enfin bon.)

Par contre, le plan a permis à un ensemble de politiques locaux et d’industriels de prendre de l’influence au niveau national. Certains ont formé une petite coalition, pour donner du piment on va dire une SOCIÉTÉ SECRÈTE nommée le CELIB — le Comité d’Étude et de Liaison des Intérêts Bretons. Il était dans l’intérêt du CELIB de désenclaver la région. Pour les politiques, c’était des voix populaires. Pour les industriels, c’était de la circulation de marchandises et la possibilité d’utiliser la main-d’œuvre bretonne, meilleur marché que celle au national — caractéristique qui aura perduré jusqu’il y a quelques années.

Il aura suffi d’une étincelle et des événements de Mai 68 pour que le CELIB réalise un coup magistral. Pompidou, cherchant le plus d’appui politique et économique pour éviter l’instabilité politique, a accueilli à bras ouverts, et a dit oui à tout. Tout, ça aura été 20 milliards de francs de l’époque (plus de 30 milliards d’euros) de l’État, finançant à 100 % la modernisation des infrastructures routières bretonnes.

Et le CELIB aura (par hasard ? volontairement ?) alors abattu la dernière carte de génie. En effet, on ne peut pas construire d’autoroute en l’absence de réseau parallèle gratuit. Et les voies rapides bretonnes ont été construites (par l’État donc) avant que le maillage de routes en simple voie ne soit développé par la région… ne permettant donc pas leur monétisation.

Et c’est ainsi que la Bretagne a hérité d’un réseau routier très solide (les 4 voies bretonnes ayant été construites comme des autoroutes en deux fois deux voies) sans les avoir payées par leurs impôts ou des péages… mais à 110 km/h plutôt que 130.