On va se faire un petit thread. Aujourd’hui on parle musique. Aujourd’hui, je vous raconte que la Lettre à Élise n’est doublement… pas la Lettre à Élise.
Vous connaissez tous ce morceau emblématique, mais peu connaissent son histoire. La version dont vous avez les notes en tête provient d’une transcription d’un manuscrit abîmé.
Anecdote : quand on écrit de la musique à la main sur une portée, comme quand on écrit des mots on a une « écriture ». Et bien, pour le génie qu’il était, Beethoven écrivait très, TRÈS mal. Lire ses partitions, c’est l’enfer. Alors imaginez abîmées. Heureusement la transcription a été faite par quelqu’un qui l’avait entendu jouer par notre sourd préféré, donc c’est sans doute très très très proche.
Mais bon, déjà, on ne peut pas garantir que c’est le morceau écrit originellement. Ça commence pas bien, hein ?
Il a été retrouvé chez une femme que Beethoven courtisait, il l’a écrite pour cette cour et une demande en mariage. Notre fameuse Éli… non. Thérèse. Ouaip.
Nous voilà avec une imparfaite Lettre à Thérèse. C’est pas mal, non ?
Anecdote : Beethoven, c’était l’équivalent d’une rockstar de son époque. Argent, célébrité, génie, ses entrées partout… … et pourtant Thérèse a repoussé la demande en mariage. Comme une demi douzaine d’autres.
Il y a eu des gens intrigués : mais pourquoi ? Pourquoi repousser cette offre incroyable ? « Car derrière tout le reste il est l’homme le plus fou et le plus laid que cette Terre ait porté ». Ça donne le ton.
Bref, revenons à notre Lettre à Thérèse. Il ne vous aura pas échappé que ce morceau est très différent du répertoire du pianiste, surtout dans sa simplicité. Beethoven trouvait aussi. C’était écrit sur un coin de table sans y penser.
Il a donc préparé le morceau pour publication quelques années plus tard. En gros son éditeur demandait des pièces à relier ensemble, façon anthologie. Il a donc réécrit sa fameuse Lettre — pour au final la trouver toujours décevante et ne pas l’ajouter au livret.
Mais cette version réécrite existe, n’a pas été détruite ou perdue ! On y reconnaît fondamentalement la Lettre à Élise qu’on connaît tous, mais bien plus subtile. …et personne ne la joue.
Et voilà comment la Lettre à Élise que vous connaissez n’est deux fois, trois fois pas la Lettre à Élise.
Je vous offre donc la Bagatelle en La mineur, numéro 59, dite « Lettre à Élise » :
Beethoven: Bagatelle in A Minor, WoO 59 (« Für Elise »), revision of 1822 (Aschauer)